Devoir de MÉMOIRE
(Article paru dans le Bulletin Municipal 2007)

Dans son édition du 8 mai 1915, Le Monde Illustré écrivait, au sujet de Steinbach : « Le petit village alsacien (...) deviendra un lieu de pèlerinage, comme le Vieil Armand dont les pentes et le sommet virent tomber tant de nos héros, morts pour ressouder l'Alsace et la France. »


Le 4 juillet 1937, lors de l'inauguration du monument commémoratif, M. Yvan Rollin, maire de Steinbach, déclarait : « Nous vous invitons dès maintenant à revenir l'année prochaine, et chaque année ensuite, pour célébrer ensemble la mémoire sacrée de nos grands morts ».

Et, en effet, « chaque année, les anciens combattants du glorieux 152° RI se réunissent à Steinbach pour y évoquer les durs combats qui se déroulèrent autour et dans le village à Noël 1914. En 1964, à l'occasion du cinquantenaire de ces événements, les cérémonies du souvenir revêtirent un éclat particulier » (15).

Régulièrement, des compagnies du 152° RI passaient par Steinbach (séjournant parfois au Foyer) et les officiers rappelaient aux jeunes recrues l'histoire héroïque des Diables Rouges, consolidant les liens entre le régiment et notre village.

Le 9 octobre 1994, dans le cadre du 200e anniversaire du 152° RI, le village de Steinbach (représenté par son maire, M. Alain
Blosenhauer) et la 1e Compagnie du 152° RI (représentée par le commandant Pétrel) signaient une Charte de Jumelage, en
souvenir « du haut degré de sacrifices et de souffrances communes vécues par les soldats du 152° RI et la population, aux limites de l'énergie humaine, pendant la période du 25 décembre 1914 au 3 janvier 1915 ».
Actuellement, le 152° RI, stationné à la caserne Rapp à Colmar, compte plus de 1000 hommes (officiers, sous-officiers et militaires
du rang) et la 1°Compagnie plus de 150 hommes. En dehors des périodes d'entraînement, dans le cadre d'opérations intérieures, le
Quinze-deux est fréquemment appelé à intervenir en France métropolitaine, dans le cadre du plan vigie-pirate, ainsi qu'en Guyane, en Martinique, en Nouvelle-Calédonie. Dans le cadre d'opérations extérieures, on retrouve le 152° RI en Bosnie, au Kosovo (Forces de Protection des Nations Unies), au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Liban.

Des détachements du 152° RI participent régulièrement aux cérémonies du 11 novembre à Steinbach. De nombreuses remises de fourragères et de képis ou passations de grades se sont déroulées dans notre village.

Le 6 novembre 2004, suite à la découverte des corps d'une dizaine de soldats français et allemands, lors des travaux d'extension du vignoble sur la Cote 425, quelques mois plus tôt, une stèle était inaugurée.

Témoignage de réconciliation entre la France et l'Allemagne, elle est destinée à rappeler le souvenir et les souffrances des soldats des 2 camps, tombés lors de l'une des plus sanglantes batailles de la Grande Guerre, en décembre 1914 et janvier 1915. Il s'agissait de la 1° manifestation franco-allemande à Steinbach.

  Inauguration de la stèle

En 1920, dans ses « Souvenirs de Guerre », Alphonse Gilbert, curé de Gérardmer, écrivait : « J'ai voulu traverser la Cote 425, remplie encore de fils de fer barbelés, de postes d'écoute, où mourraient nos soldats, près de leurs frères, sans qu'il fut possible d'enlever leurs corps. On a retrouvé bien des cadavres qui reposent dans 2 tombes communes : l'une renferme les Français, l'autre renferme les Allemands. Ils ont maintenant la paix de la tombe ».

Le sculpteur suisse, Guido Nussbaum, a voulu « faire parler cette terre rouge qui collait aux combattants » et, dans le béton,
« mouler une tranchée (érigée à la verticale), symbole d'espoir pour la paix, contre l'esprit de revanche ».

Le 6 février 2005, la place du Monument aux Morts était (bénie par le curé de Steinbach) et baptisée  « Place des Diables Rouges », lors de la cérémonie commémorant le 60e anniversaire de la libération du village, en 1915. Rappelons que c'est dans les pages du journal de marche d'un soldat allemand, capturé quelques jours après la prise du HWK, que l'on trouve une allusion au « Teufelregiment », c'est-à-dire le régiment du diable, surnom donné par crainte et respect au vaillant régiment du 152 RI, dont les soldats portaient des pantalons rouges. Ce même jour, on fêtait le 10° anniversaire du jumelage : prise d'armes, dépôts de gerbes, grand défilé des troupes à travers le village, en chantant, exposions (sur le 152° RI et les combats  de 14-18  et de matériels), repas rassemblant plus de 100 convives et échange de cadeaux.

Au cours de l'été 2007, un grand panneau sera érigé à proximité de la stèle sur la Cote 425-.Conçu par M- Vincent Bullière, de la
Communauté de Communes de Cernay et Environs, et par Mme Stéphanie Convercy, il présentera l'histoire de la Cote 425 et de
Steinbach, au cours des années 1914-1915, à travers une série de vignettes photos et de petits extraits d'articles ou de témoignages.
Pour que le promeneur se souvienne que ces coteaux couverts de vignes furent l'un des plus sanglants champs de bataille de la Grande Guerre...

Enfin, nouvelle manifestation de la réconciliation franco-allemande, un grand concert à la mémoire de toutes les victimes civiles et
militaires, françaises et allemandes, de 1914-1918, aura lieu le 28 octobre 2007, à 16h30, en l'église de Masevaux. Ce concert
mémoire, intitulé ' Prélude à la Paix' est organisé par l'Ensemble Vocal du Pays de Thann, fondé par M. François Keller, et la Kantorei de Stuttgart-Fellbach. Lors du concert seront interprétés le Requiem français de Gabriel Fauré et le Requiem allemand de Johannes Brahms. Le même concert sera donné la veille à Stuttgart-Fellbach.

 

Presqu'un siècle plus tard...

Cette page tragique de l'histoire de Steinbach a laissé des traces dans le village et alentour- Des traces souvent visibles, parfois cachées, voire oubliées, mais toujours présentes....

Deux rues et une place portent des noms qu'il est inutile d'expliciter: rue de la Cote 425 et Place des Diables Rouges.

Sur cette place se dresse le Monument aux Morts ( à l'origine Monument Commémoratif des combats de Steinbach et de la Cote 425), exécuté par le sculpteur Victor Antoine (ancien du 15.2 , auteur du monument du 152° R.I au Vieil Armand) et inauguré le 4 juillet 1937. Ce monument en granit des Vosges, de 5 m de haut sur 8 m de large, se présente sous forme de triptyque : sur la partie gauche, figurent les noms des 17 victimes militaires et des 6 victimes civiles de 1914-1918, la partie droite porte les noms des habitants du village morts pour la France en 1939-1945 et lors de la guerre d'Indochine.)

Au centre, une plaque de bronze a été posée en 1951, à la mémoire, entre autres « des héroïques soldats du 152° RI (symbole du diable rouge) tombés glorieusement à l'attaque de Steinbach, du 25.12.14 au 08.01.15, et des bataillons de chasseurs ( symbole du cor de chasse) qui ont vaillamment combattu à la Cote 425 et sur les hauteurs de Steinbach".
A l'origine, 3 bas-reliefs en bronze devaient représenter l'exode, la bataille de Steinbach et le retour des habitants.

Dans le cimetière communal, se trouve le premier monument élevé en 1915 par les Poilus du 152°RI. Il s'agit d'un tumulus surmonté d'une croix, érigé avec des pierres des mines du Silberthal (les plus belles ayant malheureusement été dérobées). Une plaque en bronze (œuvre de Victor Antoine) porte l'inscription : « Hommage aux Glorieux Morts du 152° Régiment d'Infanterie. Steinbach. 25 décembre1914 - 4 Janvier 1915 ».

Devant ce monument, la tombe de Baptiste Balouzet, "bon et brave soldat du 152° RI, tombé glorieusement sur le parapet des tranchées ennemies au cours d'un assaut devant Steinbach, le 5 janvier 1915» dans sa 22e année.

Dans un verger, en bordure du Heidenweg, une plaque en marbre rappelle le souvenir de François Boucher, sergent à la 2e Cie du 152° RI, tué le 2 janvier 1915, et le sacrifice des braves soldats tombés à Steinbach en décembre 1914 et janvier 1915.

Sur la Cote 425, non loin de la stèle franco-allemande, se cache une petite stèle gravée du nom d'un soldat allemand, Otto Bunge, mort à la veille de ses 21 ans.

Les nombreuses tranchées ( certaines portaient les jolis noms de Lucette, Ninette ou Suzette), les ravins ou boyaux ont été partiellement comblés ( on les devine en remarquant de petites dépressions qui serpentent dans le paysage) ou ont disparu lors des travaux de remise en culture du vignoble ; par exemple, « la tranchée de 1a 1° ligne française, dite tranchée de Belgrade. Les vestiges qui ont disparu, ou qui vont disparaître, n'ont que peu d'intérêt. La proximité des lignes ne permettait pas d'y faire des ouvrages de grande taille. » (16).
Certaines parties de tranchées se confondent aujourd'hui avec des chemins creux (ces derniers ayant été créés pour permettre
aux soldats de se déplacer de façon discrète et sûre). Toutefois,  des effondrements de terrain (qui peuvent s'avérer dangereux !) révèlent parfois des vestiges de galeries, comme cela se produisit en 2003, en lisière du village, où un trou de 7m de profondeur laissa apparaître une partie de la tranchée française de l'Ourcq (qui permettait aux hommes et au matériel de passer du centre du village à la Cote 425), encore étayée avec du bois de chêne.

Lors des travaux d'extension du vignoble, en 2001, un nombre impressionnant de vestiges de 14-18 fut exhumé : obus, shrapnels, bombes, grenades, munitions, baïonnettes, restes de blockhaus et de barbelés, rails (pris sur la ligne Cernay-Thann et utilisés pour renforcer les abris allemands), tridents (fichés dans le sol et destinés à blesser les soldats pour les rendre inaptes au combat) et, plus émouvant encore, des ossements humains, comme ceux de plusieurs soldats allemands retrouvés dans une tranchée, entourés d'objets de la vie quotidienne et militaire, casques, chaussures, monnaies, fourneau. Parfois, là ou ailleurs, une parcelle fraîchement labourée laisse apparaître d'autres souvenirs émouvants de cette période : un bouton en ivoire, un morceau de pipe.

Sur la Cote 425 mais aussi dans les champs du plateau de la Loh, sur les sentiers, dans les bois, on trouve encore| aujourd'hui quantité d'éclats d'obus. Ces éclats d'obus n'épargnèrent pas la forêt communale de Steinbach, qui fut presque totalement détruite par la guerre 14-18 (puis à nouveau endommagée par la 2° guerre mondiale).
A l'époque, ces dégâts furent considérés comme dommages de guerre. De nos jours, le préjudice reste important car l'exploitation de ces bois mitraillés reste problématique.
Enfin, dans des vignes, dans certains jardins ou vergers, ou en lisière de forêt, on remarque parfois d'étranges «queues de cochon» qui servaient à accrocher le fil de fer barbelé.


Bibliographie

(1) Alphonse Gilbert, curé de Gérardmer : Souvenirs de guerre (1920)
(2) Le 15-2 pendant la Grande Guerre. De l'Alsace aux Flandres. 1914-1918
(3) L'Illustration (13/07/1918)
(4) Extrait d'une lettre de Robert Pellissier du 5e B.C.P.
(5) J.M.O.( Journal des Marches et Opérations) du 25/12/1915 SHAT
(6) A.Wirth : « Souvenirs de guerre. Steinbach 1914 »
(7) Lieutenant Maurice Ravel (23e Cie du 213e R.l.)
(8) Dans les sapinières. Paris 5 Janvier 1915 (origine inconnue)
(9) Discours de M.Rollin, maire de Steinbach, lors de l'inauguration du Monument aux Morts, le 04/07/1937
(10) Extrait du journal de route du capitaine Lallemant de Liocourt, commandant de la 10e compagnie du 3° bataillon du 15-2
(11) Vincent Bullière : La prise de Steinbach le 03/01/15
(12) Auguste Chapatte, ancien Poilu du 152° RI : Souvenirs de guerre
(13) Citation à l'ordre de l'Armée
(14) Nouveau chant du 15-2
(15) André Girault. Pèlerinage du Cinquantenaire : Groupement Parisien 06/09/1964
(16) Philippe Springer : « Steinbach : la tranchée de Belgrade n'est plus » L'Alsace, 29/12/01

 Il existe un très grand nombre d'articles, de récits et de témoignages évoquant cette période 1914-1915 à Steinbach. L'article de
Vincent Bullière, paru en 2005 dans le numéro 20 de Dialogues TransVosgiens, et intitulé « La Boue Rouge », est particulièrement complet, documenté et captivant.

Il existe également beaucoup de cartes postales sur Steinbach pendant la Grande Guerre. M.Kieffer en a rassemblé un grand nombre sur un CD, lors de l'exposition Talents et Hobbies de 2003. Vous trouverez ces mêmes cartes postales, ainsi que plusieurs textes, sur le site sans cesse mis à jour et très riche de M le Curé Freudenreich : http://www.steinbach68.org

Un grand merci à Messieurs Alain Brocard, Vincent Bullière, François Keller et (tout particulièrement) André Waldner ainsi qu'au 152e RI et à M. Louis Mockers pour les documents et renseignements utilisés dans cet article.

 


Nous avons besoin de vous!

Pourriez-vous nous aider à mettre un visage sur les noms des victimes de guerres figurant sur le Monument aux Morts, et nous apporter des renseignements qui nous permettraient de rédiger une courte biographie sur chacune de ces personnes?
Vous pouvez vous adresser à la Mairie ou à Christine Agnel, 5 rue du Vieil Armand. Un très grand merci d'avance.