Elle était portée disparue depuis cent ans .                NOTRE DAME DE STEINBACH

                                                                      15 décembre 1914

Le vicomte Louis de Rivérieulx de Varax est porté disparu près de Steinbach à l'âge de 41 ans. Lieutenant au 334° Régiment d'Infanterie, il commandait la 24° compagnie.

Dans « Histoire d'un régiment », paru en 1926, Paul Guyot écrit:
 « Le 15 décembre avait soumis la 24°, à plus rude épreuve encore. Une forte attaque allemande lancée sur 425 l'attira, sous un feu violent d'artillerie, au secours des chasseurs qui défendaient la position. Celle-ci, malheureusement, était évacuée avant l'arrivée de la 24°, qui dut rétrograder sous les obus et ne put que se cramponner aux  abords du sommet.

[ ] La 24e eut, en outre 1 sergent et 2 hommes tués, 17 blessés, 2 disparus. L'un de ces disparus était le lieutenant de Varax qu'une grave blessure cloua sur le terrain de la progression et qui resta aux mains de l'ennemi. » [ - ll s'agit de la Cote 425 ]

Ceci est corroboré par une fiche de la Croix Rouge, datée du 19-01 -15. Le document mentionne que le lieutenant Louis de Varax, commandant la 24e Cie du 344° Rl a été blessé et fait prisonnier le 15 décembre à Steinbach.
En tête de la liste des destinataires de cette fiche, la vicomtesse Louis de Varax, Château des Coteaux à Marcigny (Saône-et-Loire).
Ce château était alors la propriété des parents de Louis de Rivérieulx de Varax.

14 JUIN 1953

De La Batie (dans le Rhône), le Commandant Eugène Wintzer écrit à lvan Rollin, maire de Steinbach où ce commandant a des attaches familiales. Voici ce qu'il raconte :

« M'étant trouvé avant-hier à Paray-le-Monial, le hasard m'a permis de faire la connaissance de la veuve d'un officier, Mme de Varax, qui possède chez elle une statue de la Vierge à l'Enfant qu'elle appelle Notre-Dame de Steinbach, dont voici l'histoire. (...) En décembre 1914, vers la fin des combats de Steinbach, un officier (sans doute le colonel de l'artillerie) remarqua, non loin du village, cette statue exposée au feu. ll donna l'ordre à un de ses officiers de la mettre à l'abri, hors de la ligne de feu. La statue fut mise sur un canon et gagna ainsi une zone plus calme. Peu après le colonel fut tué. La statue arriva, dans la suite des temps, en Saône-et-Loire chez Mme de Varax.(...) Quand ma cousine eut appris ce fait, elle dit à cette dame qu'elle connaissait très bien Steinbach, pays natal de son père, et qu'il serait équitable de faire rentrer cette statue à sa place primitive. Mme de Varax n'y met pas d'objection. J'ai pu la voir pendant quelques minutes; elle m'a confirmé son consentement et donné les détails suivants : la statue est en bois. La Vierge porte, par-dessus sa robe, un manteau époque Louis XlV. Un bras a été accidenté, ainsi que quelques doigts de l'Enfant Jésus. Les couleurs, bleu et rouge, sont encore bien visibles.

ll s'agit vraisemblablement d'une statue de la chapelle Bierling (je ne garantis pas l'exactitude du nom), située à côté du pont sur la route de Cernay. »

Le commandant Wintzer termine sa lettre en souhaitant de tout coeur que le Maire de Steinbach donne suite à cette heureuse découverte. Ce ne fut manifestement pas le cas...

 

Une lettre déterminante

 Une lettre du 14 juin 1953 raconte dans le détail comment l’expéditeur s’est trouvé par hasard à Paray-le-Monial et a fait la connaissance de la veuve d’un officier, une dame de Varax. Elle possédait une statue de la Vierge Marie qu’elle appelait « Notre-Dame de Steinbach ». Que dit la lettre des circonstances du déplacement de la statue ? Nous citons :
« En décembre 1914, vers la fin des combats de Steinbach, un officier (sans doute le colonel d’artillerie) remarqua, non loin du village, cette statue exposée au feu. Il donna l’ordre à un de ses officiers de la mettre à l’abri, hors de la ligne de feu. La statue fut mise sur un canon et gagna ainsi une zone plus calme. Peu après le colonel fut tué. La statue arriva par la suite en Saône-et-Loire, chez Mme Varax. Quand ma cousine eut appris ce fait, elle dit à cette dame qu’elle connaissait très bien Steinbach, pays natal de son père, et qu’il serait équitable de faire rentrer cette statue à sa place primitive. Mme Varax n’y met pas d’objection. J’ai pu la voir pendant quelques minutes ; elle m’a confirmé son consentement ».

Ce commandant fait une description sommaire de la statue en bois polychrome et donne l’adresse de sa cousine Émilie Wintzer, qui tient un hôtel dans la ville

 


2 AOÛT 2013

Une archiviste qui intervient à la Mairie de Steinbach découvre la lettre du Commandant Wintzer lors du classement des archives et en informe Christine Agnel qui pilote la Commission Patrimoine de la Commune.

Aucune statue de Steinbach ou de Cernay ne correspond à la description de la statue de la lettre. La Commission Patrimoine contacte alors la Mairie de Paray-le-Monial qui la dirige vers Madame Edmonde Federico. Perspicace et persévérante, cette ancienne adjointe, passionnée d'histoire locale, explore plusieurs pistes, en vain, avant de tomber sur un restaurateur d'objets anciens qui se trouve compter, parmi ses clients, un Monsieur de Varax !

Quelques semaines plus tard, Olivier de Varax est en mesure d'indiquer à Madame Fédérico où se trouve la statue.  En épousant Stanislas Jacquelot de Chantemerle de Villette, Renée de Rivérieulx de Varax (nièce de Louis) a fait passer la statue de la famille de Varax à la famille de Villette.

Leur fils Jean-Pierre étant décédé, ce sont sa veuve, Madame Elisabeth de Villette, et ses enfants, Gauthier de Villette et Ghislaine Saudo, qui hébergent la statue. Celle-ci se trouve toujours dans la propriété familiale « Les Coteaux » à Chambilly. Ce petit village de 500 habitants se trouve à 2 km de Marcigny. Le château des Coteaux à Marcigny et la propriété "Les Coteaux" à Chambilly sont en fait une seule et même entité.

Madame de Villette et ses enfants connaissent des bribes de l'histoire de cette statue qu'ils continuent d'appeler « Notre-Dame de Steinbach » et, après plusieurs échanges épistolaires et téléphoniques avec le Maire et la Commission Patrimoine, acceptent l'idée du retour de la statue à Steinbach.

20 AOÛT 2014

Après la signature, à Chambilly, d'une convention entre la famille de Villette et la commune de Steinbach, représentée par son maire, la statue entreprend le voyage de retour vers le village qu'elle a quitté un siècle auparavant.

4 JANVIER 2015


La statue, traitée mais pas restaurée, a été installée à gauche du choeur de l'église Saint Morand de Steinbach. Le 4 janvier 2015, dans le cadre des manifestations commémorant le Centenaire de la libération du village, la statue de « Notre-Dame de  Steinbach » est bénie en présence de Madame Elisabeth de Villette.

COMMENT LA STATUE DE NOTRE-DAME DE STEINBACH S'EST-ELLE RETROUVEE A CHAMBILLY (OU MARCIGNY) ?

Il est plausible qu'à la mort du Lieutenant Louis de Rivérieulx de Varax, des officiers ou soldats du 334° RI aient décidé de remettre cette statue à la famille du Vicomte, en souvenir de sa mort pour la conquête de ce village. La famille du Vicomte habitait le château « Les Coteaux » à Chambilly (ou Marcigny), à une vingtaine de kilomètres de Paray-le-Monial.

Le transport de la statue de Steinbach jusqu'aux environs de Paray-le-Monial ne posait pas de problème. En effet, la ville était à l'époque au centre d'un important croisement de voies ferrées. De nombreux trains transitaient par « l'étoile de Paray », transportant matériel, troupes, réfugiés et blessés évacués du front. Ces derniers étaient soignés à l'hôpital militaire complémentaire n° 34 de la ville, ou dans les nombreuses annexes situées dans les villes voisines... parmi lesquelles Marcigny.

LA STATUE PROVIENT-ELLE DE LA CHAPELLE DU BIRLING ?

Dans sa lettre de 1953 à lvan Rollin, le Commandant Wintzer évoque une chapelle du " Bierling", située à côté du pont sur la route de Cernay.  Au Xllle siècle, le Birlingen, petit hameau situé entre Steinbach et Cernay, abritait un prieuré. Aux XVll° et XVlll° siècles, la chapelle du Birling devient un lieu de pèlerinage à la Vierge. A Ia révolution, la statue (réputée miraculeuse) de la Vierge est sauvée par la famille Schnebelen de Cernay qui la cache dans un grenier à foin avant de la donner, plus tard, à l'église Saint-Étienne de Cernay. On peut suivre l'histoire de cette statue, sans  interruption, de la Révolution jusqu'à nos jours.
  ll ne peut donc s'agir de la statue de Notre-Dame de Steinbach. La description de la statue miraculeuse ne correspond d'ailleurs pas à celle faite par le Commandant Wintzer.

En 1791, la chapelle du Birling est confisquée et vendue comme bien national. Elle est démolie en 1803. En 1894, Dominique Deiber, de Steinbach, possesseur des ruines, fait construire une nouvelle chapelle près du pont du ruisseau. Elle est dédiée à Notre-Dame du Rosaire et bénie le 24 mars 1894. Elle remplace une sorte de calvaire, transféré sur le plateau de la Loh.

 La nouvelle chapelle étant, comme la précédente, consacrée à la Vierge, on peut imaginer qu'une statue de la Vierge y fut installée, Puisqu'il ne peut s'agir de la statue de Notre-Dame du Birling de Cernay, s'agit-il alors de la statue retrouvée cent ans plus tard ?

La statue dans l'église Saint-Morand de Steinbach

Pour finir sur un clin d'oeil: en 2014, à l'occasion du retour de la statue à Steinbach, l'épouse de l'un des élus, non originaire du village, découvre que le Commandant Eugène Wintzer était le cousin de son grand-père maternel. La maman de son grand'père et la maman  d'Eugène Wintzer étaient soeurs...

Source: Bulletin Municipal 2015

 

       Le retour de la Vierge

La Vierge à l'Enfant de la Chapelle Notre-Dame de Birling est de retour à Steinbach après une absence d'un siècle. Elle a été retrouvée dans les environs de Paray-le-Monial, en Saône-et Loire. Christine Agnel adjointe au maire, a mené l'enquête.
 

Sur le document que tend Christine Agnel, un crucifix et une épée croisée... « Souvenez-vous dans vos prières du Vicomte Louis de Rivérieulx de Varax, lieutenant au 334e Régiment d'infanterie, disparu près de Steinbach (Alsace), le 15 décembre 1914 à l'âge de 41 ans », y lit-on.

D'après les témoignages recueillis dans sa longue quête par Christine Agnel, il semblerait que lors des violents combats pour la prise de Steinbach en décembre 1914, la statue ait été sauvée du feu, sans doute par les hommes du lieutenant de Varax, mort peu après.

Elle arrivera aux Coteaux, en Saône-et-Loire, la résidence de ses parents, vraisemblablement transportée là par des soldats de son régiment.

Le fil a été renoué avec une statue disparue pendant les combats de 1914

« J'ignorais l'existence de cette statue. L'an dernier, une archiviste en stage chez nous a retrouvé une lettre, adressée en juin 1953 par un officier, le commandant Wintzer, à Yvan Rollin, qui était alors maire de Steinbach, lui indiquant qu'il avait vu la statue.

D'après Élisabeth de Villette, « propriétaire » actuelle de la Vierge, le maire n'avait alors pas donné suite à la proposition de retour.

« Elle est en mauvais état, vous pouvez la garder car on a reconstruit la chapelle et mis une Vierge neuve », aurait-il dit.

Le fil était ainsi renoué.

« J'ai pris contact avec la mairie de Paray le Monial. Edmonde Federico, une ancienne adjointe, a retrouvé par un hasard extraordinaire, guidée par une solide intuition, la trace de la Vierge, chez un artisan tapissier qui l'avait aperçue aux Coteaux », explique-t-elle.

Les descendants du lieutenant Louis de Varax ne se sont pas opposés au retour de celle qu'ils appelaient Notre-Dame de Steinbach à son retour au village.

« Je prie cette Vierge depuis mon enfance, et ma fille de quatre ans en fait de même. La Vierge a toujours protégé notre maison depuis 100 ans, et son retour à Steinbach est très difficile pour moi », écrivait cependant Ghislaine de Villette, la fille d'Élisabeth.

La Vierge, qui porte les stigmates de son histoire, enfin de retour au pays, sera visible en janvier à Saint-Morand.

Marc Roger évoque de longues discussions qui ont permis d'arriver à la signature d'une convention.

« La Vierge prendra place dans l'église de Steinbach. Un panneau explicatif racontera son histoire. Il n'est pas question de la restaurer, elle porte les stigmates de son histoire. Nous allons simplement la préserver », souligne le maire de Steinbach.

Pour Christine Agnel, la quête continue. De quelle époque date la Vierge ? Si la coiffe de la mère de Jésus est proche du style italo-flamand d'une Piéta du XVIe siècle, la coiffure de l'Enfant-Jésus paraît beaucoup plus contemporaine, plutôt de facture rhénane.

« Nous allons essayer d'en savoir plus », indique l'adjointe au patrimoine de Steinbach. Dès janvier la Vierge sera visible à l'église Saint Morand. Pour la commune qui a tout perdu en décembre 1914, elle sera un émouvant témoignage du temps passé, et une passerelle de paix jetée par-dessus les siècles.

    D.N d'Alsace du          05.09..2014                                                                                               L.G

 


Une statue de la Vierge Marie, mise à l’abri lors des combats de 1914, a retrouvé le village de Steinbach.

 Le retour de la statue de la Vierge Marie à Steinbach est une belle histoire digne d’un roman policier.

Tout commence banalement, il y a quelques mois, par un tri des archives communales effectué par un agent du centre de gestion du personnel communal de Colmar. L’archiviste est intriguée par une lettre du 14 juin 1953 d’un certain « commandant Wintzer », demeurant à Saint-Martin-en-Haut près de Lyon et adressée au maire Yvan Rollin. Elle parlait d’une dame de Varax possédant une statue de la Vierge Marie qu’elle appelait « Notre-Dame de Steinbach ».

Cette lettre parvient entre les mains de la commission du patrimoine, qui décide d’y donner suite et de procéder à des recherches.

L’adjointe de Steinbach, Christine Agnel, décroche son téléphone pour appeler la mairie de Paray-le-Monial. Elle est mise en relation avec Inaka, une amicale qui fait vivre la mémoire de la ville, présidée par Edmonde Federico, ancienne adjointe.

Cette dernière « intuitive et aidée par la providence » , selon les mots de Christine Agnel, contacte un restaurateur de vieux meubles qui a sa boutique pratiquement en face de la mairie. Il a parmi ses clients habituels la famille de Varax. Une information qui fait tilt.

L’on sait à Steinbach que le lieutenant vicomte Louis de Rivérieux de Varax, militaire au 334e régiment d’artillerie, est considéré comme « disparu à Steinbach le 15 décembre 1914, à l’âge de 41 ans ». Ce détail a son importance, un siècle plus tard. Après plusieurs coups de fil, la commission municipale entre en contact avec Olivier de Rivérieux de Varax puis avec d’autres membres de la famille, dont Élisabeth Machard de Chillaz-Jacquelot de Chantemerle de Vilette.

Dévoilée à la population en janvier

Dans un premier temps, la famille est réticente à se séparer de la statue suite à la demande de la commune de Steinbach. D’autant plus que la commune n’a aucune preuve qu’il s’agit bien précisément de sa statue. Et dans la famille de Varax, « tout en sachant que cette Vierge était de Steinbach, on la vénérait et on priait devant elle. En outre, la famille, qui en a pris grand soin pendant de si longues années, considérait à juste titre que Marie protégeait sa maison », précise Christine Agnel.

Mais devant la beauté du geste à accomplir, la famille consent à la restitution de statue de la Vierge, un siècle après sa mise à l’abri. « Nous avons pu la chercher le 20 août dernier à Chambilly en Saône-et-Loire. Elle sera placée à l’église, selon le vœu de la famille, et dévoilée à la population en janvier prochain après une restauration qui sera faite par un spécialiste. C’est un cadeau inestimable que nous recevons de cette famille. Nous sommes très heureux », insiste Christine Agnel. D’autant que « les souvenirs communaux d’avant la Première Guerre mondiale sont très rares, nous n’avons plus rien, le village avait été complètement détruit », dit-elle en exprimant la reconnaissance communale.

l s’agit peut-être de la statue qui ornait la chapelle du Birling.

le 31/08/2014                                                                                                    Antoine Berg