A la découverte des mines du vallon du Silberthal.


Les flancs du vallon du Silberthal sont parcourus par de nombreux filons métallifères, qui ont fait l'objet d'une exploitation intense et répétée à travers les siècles. Les traces nombreuses qu'elle a laissées, autant dans les archives que sur le terrain, permettent d'en reconstituer les différentes étapes et d'en connaître les développements et les conditions techniques.

On peut distinguer 3 ensembles de filons :
- le premier ensemble est encaissé dans la dernière retombée des Vosges, au débouché du vallon; les filons sont étroitement liés à la faille vosgienne, cassure d'importance majeure qui sépare les terrains primaires du socle des couches d'âge secondaire des collines sous-vosgiennes. Le plomb et le cuivre ont été exploités au Bruderthal et au Schletzenbourg.
- le deuxième ensemble, de loin le plus important, est centré autour de la place du Silberthal, principalement en rive droite de l'Erzenbach. Cinq filons principaux plus ou moins parallèles ont été exploités pour le plomb par des travaux étages, parfois profondément sous le niveau de la rivière. Un sixième filon au sommet de l'AmseIkopf a occasionné des travaux plus restreints.

- Dans la partie supérieure du vallon, quatre filons parallèles ont été intensément exploités pour le fer à une période plus récente.

               

Les recherches en cours, menées dans le domaine historique et archéologique par notre équipe pendant plus de vingt ans, ont profondément renouvelé nos connaissances sur ce sujet encore méconnu.

L'exploitation médiévale.

Elle était déjà pressentie par la prospection de surface: en effet l'allure des travaux superficiels dans la partie supérieure du filon Legerstolle et sur celui du Grosssilberthal témoigne d'une dynamique typique de cette époque. Mais c'est la fouille à grande échelle du principal gisement ponctuant la faille vosgienne, au Schletzenbourg, qui en a révélé pleinement l'importance et le degré de technicité. Entrepris avec de gros moyens mécaniques, le dégagement des grandes fosses à ciel ouvert du Donnerloch a mis au jour une exploitation médiévale d'envergure, totalement méconnue des archives, et qui a été datée du XIIIe siècle par différentes sortes d'analyses sur les bois exhumés par la fouille. L'ensemble totalise 60 m de longueur sur une largeur de l'ordre de 8 à 15 m, s'enfonçant profondément sous le niveau de la rivière. D'importants prolongements souterrains et surtout un élargissement en
profondeur laissent entrevoir que nous ne connaissons pour l'instant qu'une partie de cette exploitation majeure à l'échelle de notre massif.

De nombreux boisages bien conservés de puits et galeries, et quelques raresobjets (pic, lampe, manches d'outils, tables de concassage...) permettent de reconstituer les techniques d'extraction; mais certaines découvertes suscitent nos questions : par exemple la présence de grosses poutres ouvragées en chêne, montrant des traces de fixation par chevilles peuvent-elles se rapporter
à une machinerie de pompage ? Le volume énorme à maintenir constamment au sec justifie à lui seul son existence, bien qu'aucune machinerie de ce type ne soit connue en Europe avant le XVIe siècle.

On conçoit bien l'importance des résultats que cette opération peut apporter, ce qui en fait une fouille d'intérêt national dont la programmation par le Ministère de la Culture a été étalée sur plusieurs années.

La reprise de la Renaissance.

A la fin du XVe siècle se dessine une période d'intense reprise de l'activité minière dans toutes les Vosges. A Steinbach, le premier document date de 1477 : il s'agit de l'octroi d'une concession de 4 mines, dont les noms sont cités, à 2 entrepreneurs privés. L'un d'eux est originaire de Rattenberg au Tyrol, ce qui n'a rien de surprenant; en effet Steinbach et Cernay font alors partie des Pays Antérieurs d'Autriche, et Rattenberg est au cœur d'une vieille région minière en plein essor.
Les documents ne donnent aucun détail sur cette phase d'activité, mais les fouilles archéologiques au Donnerloch ont mis en évidence da construction en 1478-1479 d'une galerie boisée à travers les déblais remplissant les fosses d'extraction médiévales ; au Bruderthal, l'exploitation a été datée de la même période par l'observation de la forme des galeries et les résultat des fouilles
d'un ancien habitat.

On sait par un rapport de 1523, qui mentionne leur abandon, qu'elles retombent ensuite en sommeil.

L'exploitation va reprendre après 1560, centrée cette fois sur les filons autour de la place du Silberthal . Elle va prendre une importance considérable et se prolonger jusqu'à la guerre de Trente Ans ; les mines entrent alors dans la mouvance de celles de Giromagny qu'elles alimentent en plomb d'oeuvre : le minerai est acheminé par chariots et va entrer dans le processus de coupellation qui permet de séparer l'argent dans le minerai extrait à Giromagny. Les travaux s'enfoncent profondément sous le niveau de la rivière, nécessitant la construction d'un système de pompage complexe, animé par une grande roue hydraulique. Mais les filons tendent à s'épuiser, et les passages de troupes en 1633 viennent ruiner définitivement l'exploitation en plein déclin.

Après plusieurs tentatives de reprises, en 1661 et en 1674, les travaux sont enfin relevés entre 1694 et 1702 par les exploitants des mines de Giromagny. Ces 8 années de fonctionnement sont bien documentées par les archives ; le précieux système hydraulique de pompage est reconstruit et alimenté par une retenue d'eau établie en amont et reliée aux installations par un canal de 500 m de long. Le minerai de plomb est à nouveau envoyé par voitures aux fonderies de Giromagny/ jusqu'à la cessation de l'exploitation.
 

L'exploitation du fer dans la partie reculée du vallon.

La période d'activité suivante concerne le fer, exploité pendant près de 50 ans au profit des hauts fourneaux de Masevaux et Bitschwiller. La concurrence très vive pour l'approvisionnement en minerai a été à l'origine d'un interminable conflit à propos des riches filons de l'Erzenbach, qui ne se réglera qu'en 1834.

En 1789, une seule mine est en fonctionnement, avec deux ouvriers. Dans la première moitié du XIXè siècle, 4 mines sont en activité, employant au maximum un total de 25 ouvriers :
- la mine Kessel établie sur un filon puissant de 7 m qui traverse toute la montagne. Elle produit jusqu'à 1500 cuveaux de minerai de fer.
- la mine Herrenstube qui exploite deux filons parallèles ; elle est relativement importante.
- Les mines Kettenthal et Glaserberg, ouvrages de taille beaucoup plus réduite.
A partir de 1834 tous ces ouvrages sont progressivement abandonnés, les filons quasiment épuisés.


L'ultime reprise autour de 1900.

Pendant la période allemande, les filons métallifères sont une nouvelle fois repris dans tout le massif vosgien. A Steinbach les travaux concernent à la fois les mines de plomb et les mines de fer entre 1874 et 1902.

Pour les premières, l'effort principal est réalisé par la « Gewerkschafft Brigitta », qui effectue d'importants travaux pour accéder aux parties profondes des 2 principaux filons et construit en surface un complexe usinier autour du puits d'extraction. Mais après 3 ans de travaux (1899 à 1902) et une brusque inondation qui n'a fait heureusement aucune victime, les filons vierges sont retrouvés quasiment stériles/et l'exploitation définitivement abandonnée.

Quand à la reprise de l'exploitation du fer, elle est effectuée par la « Münsterische Gewerkschafft » à la mine Herrenstube entre 1899 et 1905 ; c'est la seule mine dans le Haut-Rhin qui produira un peu de minerai de fer à cette époque, avant d'être abandonnée, tant du fait de la pauvreté du filon que du prix trop faible du minerai.

Ce survol rapide de l'histoire de l'exploitation des mines de Steinbach montre à la fois sa grande ancienneté et sa richesse sur le plan technologique. Les recherches en cours devraient permettre de compléter nos connaissances, notamment sur le plan de la vie matérielle de ses acteurs.

Il convient de signaler le remarquable travail de réhabilitation de la mine Saint Nicolas par le Groupe Minéralogique Potasse.

                            Bernard Bohly, Groupe d'Archéologie Minière Les Trolls

                                   

                        D'après Découvertes Gallimard - La mine mode d'emploi - Dessins de Heinrich Groff
 

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