Souvenirs de mon village.
La Fête par Armand Cerno



Dans mon village avait lieu, tous les ans, la fête traditionnelle qu'on appelait « Kilwa », la Kilbe. Cette fête se déroulait chaque année à la même époque, c'est- à- dire quinze jours après Pâques, deux dimanches consécutifs plus un samedi et un lundi. C'était la première fête villageoise de la région.

Ce lundi, appelé « Kilwa mantig » était férié au village et, ce jour là, l'usine ne tournait pas.
Pour nous, les enfants, c'était un événement important. Une semaine avant le début de la fête, nous guettions tous l'arrivée des premières roulottes des forains, car c'était bien de roulottes qu'il s'agissait, bien loin de nos actuels caravanes ou camping cars.
Ces roulottes étaient tractées par des camions qui, aujourd'hui, feraient la joie des collectionneurs et qui étaient chargés, voire surchargés, de stands et de manèges qu'il fallait monter et installer en l'espace d'une semaine.

Tous les jours,, à la sortie de l'école, nous nous précipitions .dans la rue pour voir combien de nouveaux véhicules étaient arrivés. Je me souviens comme nous étions excités ces jours là; c'était à qui se ferait « embaucher » le premier par l'un ou l'autre de ces forains pour aider, dans la mesure de nos forces, au montage de ces stands, en échange de quelques paquets de confiseries fabriquées sur place ou de
quelques tickets qui nous donnaient droit à des tours de manèges gratuits. Cela suffisait à notre bonheur ; pour les forains, c'était une main d'œuvre bon marché et, malgré. notre jeune âge, assez efficace.

Dans le haut du village, l'activité principale consistait au montage de la piste de danse; elle occupait toute la surface de la place, une moitié pour la buvette et l'autre moitié pour la piste de danse proprement dite. Cette piste d' danse avait quelque chose de particulier ; elle était montée sur l'actuelle « Place Yvan Rollin ».

Cette place étant en déclivité assez prononcée, la piste reposait en haut sur des cales : d'une vingtaine de centimètres et, en-bàs, sur dés fûts d'environ un mètre de haut, ce qui laissait un espace suffisant aux enfants que nous étions pour nous faufiler sous la piste pour jouer et, par la même occasion, récupérer quelquefois des pièces de monnaie que les clients du dessus avaient laissé échapper et. qui étaient passées par les interstices du plancher.

Enfin arrivait le premier jour de fête tant attendu. Ces jours de fête étaient aussi l'occasion pour les familles d'inviter des parents plus ou moins proches. Pour nous, enfants, c'était une aubaine car nous savions que les invités mettraient la main à la poche pour nous refiler quelques pièces ou quelques billets. La main à peine refermée sur ces quelques francs, nous nous précipitions sur les stands pour acheter une babiole quelconque que nous avions repérée et qui nous faisait tellement envie.

Ces achats précipités consistaient la plupart du temps en des gadgets dont la durée de vie n'excédait pas, souvent, le temps du trajet de retour à la maison. Je me souviens qu'une fois,j'avais acheté ainsi un énorme ballon en baudruche, d'une taillé vraiment inhabituelle, qui m'avait éclaté à la figure avant que j'aie pu le montrer à la famille. Durant la semaine, après l'école, nous étions toujours dans la rue, car la présence des forains était pour nous une attraction continue. Arrivait enfin le lundi suivant, le dernier jour de fête. La plupart des petits forains avaient déjà plié bagages et avaient quitté le village ; il ne restait plus que deux ou trois gros camions qui finissaient de charger leur matériel.

La société qui avait organisé la fêté, soit les pompiers, soit la musique, organisait un défilé, avec musique ou clique en tête ; ensuite on plaçait, un mannequin de paille qui symbolisait la « kilwa » sur une charrette et on faisait le tour du village, A l'arrivée sur la place, on mettait le feu au mannequin ; c'est ce qu'on appelait « d'kilwa vergràwa », c'est à-dire enterrer la fête.

Sur la piste de danse, on vidait les tonneaux de bière entamés et tout se terminait dans la gaieté.

Vers le milieu de la semaine, il ne restait pratiquement plus personne et c'est avec un petit pincement au cœur que nous regardions partir les dernières roulottes. Une page était tournée, le printemps était là, la vie reprenait son cours normal avec les préoccupations de tous les jours... ....

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