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Dans mon village avait lieu, tous les ans, la fête traditionnelle qu'on
appelait « Kilwa », la Kilbe. Cette fête se déroulait chaque année à la
même époque, c'est- à- dire quinze jours après Pâques, deux dimanches
consécutifs plus un samedi et un lundi. C'était la première fête
villageoise de la région.
Ce lundi, appelé « Kilwa mantig » était férié au village et, ce jour là,
l'usine ne tournait pas.
Pour nous, les enfants, c'était un événement important. Une semaine
avant le début de la fête, nous guettions tous l'arrivée des premières
roulottes des forains, car c'était bien de roulottes qu'il s'agissait,
bien loin de nos actuels caravanes ou camping cars.
Ces roulottes étaient tractées par des camions qui, aujourd'hui,
feraient la joie des collectionneurs et qui étaient chargés, voire
surchargés, de stands et de manèges qu'il fallait monter et installer en
l'espace d'une semaine.
Tous les jours,, à la sortie de l'école, nous nous précipitions .dans la
rue pour voir combien de nouveaux véhicules étaient arrivés. Je me
souviens comme nous étions excités ces jours là; c'était à qui se ferait
« embaucher » le premier par l'un ou l'autre de ces forains pour aider,
dans la mesure de nos forces, au montage de ces stands, en échange de
quelques paquets de confiseries fabriquées sur place ou de
quelques tickets qui nous donnaient droit à des tours de manèges
gratuits. Cela suffisait à notre bonheur ; pour les forains, c'était une
main d'œuvre bon marché et, malgré. notre jeune âge, assez efficace.
Dans le haut du village, l'activité principale consistait au montage de
la piste de danse; elle occupait toute la surface de la place, une
moitié pour la buvette et l'autre moitié pour la piste de danse
proprement dite. Cette piste d' danse avait quelque chose de particulier
; elle était montée sur l'actuelle « Place Yvan Rollin ».
Cette place étant en déclivité assez prononcée, la piste reposait en
haut sur des cales : d'une vingtaine de centimètres et, en-bàs, sur dés
fûts d'environ un mètre de haut, ce qui laissait un espace suffisant aux
enfants que nous étions pour nous faufiler sous la piste pour jouer et,
par la même occasion, récupérer quelquefois des pièces de monnaie que
les clients du dessus avaient laissé échapper et. qui étaient passées
par les interstices du plancher.

Enfin arrivait le premier jour de fête tant attendu. Ces jours de fête
étaient aussi l'occasion pour les familles d'inviter des parents plus ou
moins proches. Pour nous, enfants, c'était une aubaine car nous savions
que les invités mettraient la main à la poche pour nous refiler quelques
pièces ou quelques billets. La main à peine refermée sur ces quelques
francs, nous nous précipitions sur les stands pour acheter une babiole
quelconque que nous avions repérée et qui nous faisait tellement envie.
Ces achats précipités consistaient la plupart du temps en des gadgets
dont la durée de vie n'excédait pas, souvent, le temps du trajet de
retour à la maison. Je me souviens qu'une fois,j'avais acheté ainsi un
énorme ballon en baudruche, d'une taillé vraiment inhabituelle, qui
m'avait éclaté à la figure avant que j'aie pu le montrer à la famille.
Durant la semaine, après l'école, nous étions toujours dans la rue, car
la présence des forains était pour nous une attraction continue.
Arrivait enfin le lundi suivant, le dernier jour de fête. La plupart des
petits forains avaient déjà plié bagages et avaient quitté le village ;
il ne restait plus que deux ou trois gros camions qui finissaient de
charger leur matériel.
La société qui avait organisé la fêté, soit les pompiers, soit la
musique, organisait un défilé, avec musique ou clique en tête ; ensuite
on plaçait, un mannequin de paille qui symbolisait la « kilwa » sur une
charrette et on faisait le tour du village, A l'arrivée sur la place, on
mettait le feu au mannequin ; c'est ce qu'on appelait « d'kilwa vergràwa
», c'est à-dire enterrer la fête.
Sur la piste de danse, on vidait les tonneaux de bière entamés et tout
se terminait dans la gaieté.
Vers le milieu de la semaine, il ne restait pratiquement plus personne
et c'est avec un petit pincement au cœur que nous regardions partir les
dernières roulottes. Une page était tournée, le printemps était là, la
vie reprenait son cours normal avec les préoccupations de tous les
jours... ....
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