Cet article a paru dans l'Alsace du 12.08.2012
dans la série " Villages disparus"

Situé entre Cernay et Steinbach, Birlingen fut une ferme, un village et un prieuré. Mais le site a surtout connu son heure de gloire grâce à une statue miraculeuse.

 
Il n’y a pas si longtemps, elle était cernée de prés et on voyait le ruisseau Erzenbach couler pas très loin de ses pieds. Aujourd’hui, le ruisseau s’est caché et la chapelle de Birlingen semble bien à l’étroit : sur l’arrière, les jardins des maisons du lotissement touchent ses murs ; et sur l’avant passe la départementale 35 reliant Steinbach à Cernay.

L’édifice est sur le chemin de Saint-Jacques : un panneau apprend que Compostelle se trouve 2 177 petits kilomètres plus loin. Décidément, l’endroit est lié aux pèlerinages… Car avant la Révolution, la chapelle n’était pas une simple étape : elle était le but de la dévotion des pèlerins. À l’époque, elle abritait une Vierge dite miraculeuse parce qu’elle revenait d’elle-même à Birlingen quand on voulait l’installer ailleurs (lire encadré ci-contre)…

Mais l’histoire du site est bien antérieure. Dès le XIII e siècle est citée La « cour de Burtlingen », dépendante de l’abbaye de Lucelle. Cette ferme cultivait la vigne et jouissait de certains privilèges. À partir de la fin du XVI e, l’endroit devient aussi un prieuré (petit monastère). Une agglomération s’est formée sur le site, mais elle a, semble-t-il, assez vite périclité (avant la guerre de Trente Ans).

Mais tandis que Birlingen disparaissait en tant que village, il connaissait donc son heure de gloire, aux XVII e et XVIII e siècles, en tant que pèlerinage. À partir de 1606 (date de la consécration d’une nouvelle chapelle), les habitants des environs y affluaient en processions, dans un ordre précis : ceux de Wittelsheim le samedi de la semaine des Rogations (au printemps), ceux de Cernay le jour de l’Assomption et ceux de Vieux-Thann le 14 septembre.

La Révolution a tout… révolutionné. En 1791, la chapelle et les deux dernières maisons de Birlingen furent déclarées biens nationaux et vendues. Et dès 1803, un fabricant de papier a démoli la chapelle pour réutiliser ses pierres.

infographie Marc VuillermozDe son côté, la statue a connu un destin assez romanesque. Le vicomte de Bussière, auteur en 1862 d’un ouvrage sur les pèlerinages alsaciens à la Vierge, raconte qu’elle a été sauvée du feu par des enfants de Wittelsheim, en 1793. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a été recueillie et cachée (dans le foin) par la famille Schnebelen, de Cernay. Celle-ci la confia ensuite à son église et la dota d’une garde-robe appropriée aux diverses fêtes. La Vierge à l’enfant a été sauvée une nouvelle fois pendant la Seconde Guerre mondiale, et cette fois par un soldat allemand : le Feldwebel Engstler la fit transporter à Strasbourg…

La chapelle de Birlingen a été remplacée par un oratoire, puis un calvaire, puis un nouvel édifice bâti en 1894… et détruit vingt ans plus tard, en 1914, lors des combats de la « cote 425 ». Elle a été reconstruite en 1930 et consacrée en 1932. C’est celle que croisent aujourd’hui les pèlerins de Compostelle. Mais la statue miraculeuse n’y est plus : elle a trouvé sa place à la gauche du chœur de l’église de Cernay. Et apparemment, elle n’est plus d’humeur à en bouger.

DÉJÀ PARU Saint-Léger (14 juillet) ; Butenheim et Hammerstatt (19 juillet) ; Leibersheim et Durrengebwiller (29 juillet) ; Bleienheim et Sermensheim (5 août).

                     le 12/08/2012 à 05:00 par Textes : Hervé de Chalendar

 

                                      Les histoires de la statue têtue

La statue de Birlingen a été déclarée miraculeuse parce qu’elle était têtue.

Selon la légende, cette sculpture de la Vierge à l’enfant aurait été découverte sur ce site et transportée dans une église des environs (Cernay ou Steinbach). Or elle a disparu… pour réapparaître à Birlingen. Le phénomène s’est produit trois fois, si bien que les fidèles n’ont plus eu de doute sur la volonté divine et lui ont bâti, à Birlingen, une chapelle comme écrin.

Dans la version du vicomte de Bussière, c’est lors d’une guerre médiévale que les habitants de Wittelsheim ont enlevé cette statue (qui daterait de 1295) de Birlingen afin de la mettre à l’abri dans leur église… et qu’elle est revenue miraculeusement, par trois fois, à son emplacement initial. C’est alors, poursuit le vicomte, « que la population de Wittelsheim s’engagea à se rendre tous les ans en pèlerinage à Birlingen, croix et bannières en tête ».