NOTE SUR LA PARTICIPATION DE LA 1° COMPAGNIE DU 152° R.I.
AUX ATTAQUES DE STEINBACH (25 DEC. 1914 AU 12 JANV. 1915)




Le vendredi 25 Décembre 1914, à 3 heures du matin, le 152° cantonné à FELLERING est alerté et se met en marche direction THANN. A WILLER, les 2° et 5° BatailIons bifurquent direction de THOMANNSPLATZ, les 1° (Capitaine SPIESS) et 2° ('Capitaine VINCENT) Compagnies continuent sur THANN sous le commandement du Commandant CASTELLA. Par le vallon de KATTENBACH, elles gagnent le Col de WALDKAPELLE où elles Font halte.,

Le Chef de Bataillon communique aux Officiers les ordres qui sont de franchir les avant-postes situés sur la crête de HIRNLESTEIN et de progresser, en liaison avec les 213° R.I. à droite direction CERNAY, ne pas s'occuper du village à gauche, nommé STEINBACH, qui est inoccupé et probablement miné (sic).

A 13 heures, les deux Compagnies franchissent les faibles réseaux du 215° R.I. et, en ligne de section par un, descendent les pentes du HIRNLE5TEIN dissimulées par les sapinières ; lorsque les têtes de colonnes débouchèrent, sans un coup de fusil, dans la saulaie et les vignes surplombant STEINBACH et la Cote 425, une violente rafale de mitrailleuses partie de la Cote 425, les cloue sur place en causant des pertes sensibles surtout à la 1° Compagnie. Ordre fut donné de s'installer aux lisières du bois de pins en se gardant face à la Cote 425 et face au village de STEINBACH qui venait de se révéler occupé.

A la lisière des pins, d'anciennes tranchées faites par le 5° B.C.P. lors de l'attaque malheureuse du 19 décembre, furent occupées et des vivres de réserve trouvées dans des sacs complétèrent à propos le ravitaillement qui fonctionnait dans des conditions très médiocres.

Le 26 décembre, tandis que le groupe CASTELLA se fortifie sur place, le 213° R.I. attaque la Cote 425 après une préparation d'artillerie assez violente pour l'époque. Le 213° R.I., quoiqu'on en ait dit ensuite, attaqua très bravement et en bon ordre, malheureusement une heure après la cessation du tir d'artillerie : l'ennemi avait eu le temps de se ressaisir et a cloué sur place les sections qui arrivaient sur l'objectif. Le 27 décembre, le groupe CASTELLA reçoit l'ordre de progresser le long de la croupe entre le village et la Cote 425. Quelques éléments de tranchée sont creusés dans les vignes, mais le mouvement est aperçu par l'ennemi qui déclenche un violent bombardement de 105 et 150 sur les lisières : à 10 heures, le Capitaine SPIESS est frappé mortellement ; deux heures plus tard le Capitaine VINCENT, qui ne cessait de parcourir debout le front des deux Compagnies, tombait à son tour tué sur le coup. Les deux Compagnies mal ravitaillées, furent très affectées de la perte presque simultanée de leurs chefs.

A la faveur d'un brouillard intense, le 28 décembre, l'ordre vint de se rapprocher des lisières du village qui devenait cette fois l'objectif. La 4° Compagnie  (Lieutenant DAVID) débouchant par le SILBERTHAL, tentait de gagner les maisons de l'entrée Ouest du village. Le brouillard se dissipa subitement révélant à l'ennemi tout le mouvement : la 4° Compagnie subit des pertes très fortes (Lieutenant DAVID - Adjudant JACQUES : Tués) et les fractions des 1° et 2° Compagnies qui avaient progressé, durent se replier sous le feu violent de mousqueterie partant des maisons de STEINBACH et des éléments de tranchées ennemies qu'on venait de découvrir (Lieutenant DUPLESSY blessé).

Le 29 décembre, une attaque ennemie annoncée ne se produisit pas, mais une pluie glaciale empêchait tout mouvement et l'eau envahit les éléments de tranchées.

Le mercredi 30, nouvel essai de progression à la faveur du mauvais temps et d'un chemin creux reconnu le 28. L'artillerie provoque de nombreux incendies dans STEINBACH et CERNAY, tandis que les vêtements mouillés gèlent la nuit sur les hommes et de nombreuses évacuations pour gelure des pieds s'ajoutent aux blessés d'un bombardement et feux de mousqueterie continus.

Le 31 décembre, la progression à la sape continue : on parvient à 80 mètres des premières maisons, les effectifs ne cessent de diminuer, l'organisation du
ravitaillement et des évacuations est de plus en plus primitive. La population civile est évacuée par les allemands.

Le 2 janvier, les 1° et 2° Compagnies ont pu s'installer, à la faveur de la nuit, à distance d'assaut des éléments de tranchées ennemies reconnus le 28. Pendant ce temps la 12° Compagnie essaie de progresser à l'entrée du village où la résistance est acharnée ; un groupe de maisons est pris, l'ennemi tire de tous côtés et rend toute circulation impossible (Sergent BOUCHER tué par balle à la tête -mon frère-)

L'attaque générale du village est décidée pour le 3 janvier. La 1° Compagnie occupe un élément de tranchée face à la tranchée dite en V ; dans la nuit du 2 au 3, le Lieutenant JENOUDET  Commandant la Cie a fait un nouvel élément de tranchée, sur les ordres du Commandant CASTELLA, et d'où partira la Compagnie en débouchant sur un glacis pour attaquer la tranchée allemande au Sud de l'Église, entre le village et le chemin creux.

La 2° Compagnie doit déboucher au Sud du chemin creux et s'emparer de la tranchée boche située su Sud de ce chemin.

La 12° et la 7° Compagnies attaquent l'entrée Ouest du village, la 8° est en réserve, les autres Compagnies tenteront de déborder le village au Nord et s'emparer des tranchées au Nord du ruisseau sur les pentes montant au Plateau d'UFFHOLTZ.

La Cote 425 est attaquée par le 213° R.I.. A 13 heures, l'attaque se déclenche après une préparation assez violente de 65, 75 et 155 ; chaque Compagnie a à sa disposition un détachement du Génie muni de cisailles pour couper les fils de fer. L'attaque sur le village est impossible, les maisons signalées comme évacuées sont encore occupées et l'ennemi prend en enfilade les éléments où une Section de la 1° Compagnie allait déboucher, les Sapeurs du Génie qui avancent sur le glacis pour couper les fils de fer, sont immédiatement fauchés.

La 2° Compagnie peut avancer, masquée par une haie, et une de ses Sections enlève à la baïonnette, clairon sonnant, la tranchée au Sud du chemin creux. (Lieutenant DES PORTES, arrivé la veille, décoré pour ce fait).

En même temps la 1° Compagnie, ne pouvant déboucher directement devant elle, trouve un cheminement par le chemin creux, s'y ouvre un passage au milieu des fils de fer très épais et, très vigoureusement à la baïonnette, parvient jusqu'au carrefour du chemin creux où se trouvait un poste boche, fort de 12 hommes du 161° R.I. qui se rend. La tranchée en V est tournée, ses occupants se replient sur le village, une Section de la 1° Compagnie est envoyée à leur poursuite : elle parvient jusqu'à l'Église où le Sergent (Sergent FALLOUEY) est tué à bout portant, mais l'ennemi est en déroute.

Au carrefour du chemin creux, les éléments de la 1° et de la 2° Compagnies opèrent leur liaison ainsi qu'un détachement de la 4° Compagnie (Lieutenant  PRIQUET). Les Officiers présents : Lieutenants JENOUDET, BAUER, BOUCHER et PRIQUET se concertent et décident de pousser en avant pour déborder tout le village au Sud, mouvement immédiatement exécuté. Le Lieutenant BAUER arrive à la dernière maison au Sud-est du village où il est tué par un des derniers défenseurs. Les 1° et 2° Compagnies, regroupées sous le commandement des Lieutenants JENOUDET et BOUCHER, font face au Nord et débordent tout le village au Sud : les occupants du village battent en retraite, les Compagnies qui luttaient à l'entrée Ouest peuvent progresser et la 3° Compagnie, jusqu'alors en réserve, traverse le village dans toute sa longueur et vient s'installer à la lisière Est en se fortifiant le long des murs de l'Usine et des jardins Rollin. Il est 6 heures environ. Pendant tout ce combat corps à corps, l'artillerie a cessé de tirer sur le village ne connaissant pas la situation, les arrières seuls étaient bombardés de part et d'autre.

Le 213° R.I. avait enlevé la Cote 425 en même temps. Les 2° et 3° Bataillons avaient progressé au Nord du village, la croupe au Nord du ruisseau seule était encore tenue par l'ennemi. Le village achevait de se consumer, les ruines, les rues remplies de cadavres ennemis et français et de quelques cadavres civils. Des cadavres d'animaux, donnaient à cette fin de combat un aspect d'autant plus tragique que de nombreux blessés gisaient en attendant une évacuation très longue à venir. Les survivants pouvaient se ré-
conforter avec les vivres, volailles, miel, et hélas de l'eau-de-vie, trouvés dans le village. Le village est évacué de ses visiteurs, les 1° et 2° Compagnies occupent toute la lisière Sud, se gardant au Nord et au Sud, la situation de la Cote 425 étant imparfaitement connue. La liaison avec la 3° Compagnie, établie à la lisière Est, est obtenue puis perdue dans la suite de la nuit.

Nuit du 3 au 4 janvier. L'ennemi informé de la perte du village par ses troupes, commence vers 21 heures un bombardement violent de 105 et 150 suivi, vers 23 heures, d'une violente contre-attaque menée par le 25° I.R. et qui se produit sur tout le front. L'ennemi est arrêté sur la lisière Est par la 3° Compagnie, mais un fort groupe, descendu obliquement direction Sud-Ouest de la croupe d'UFFHOLTZ, parvient dans le village jusqu'à l'Église. Au même moment l'ennemi, à grands renforts de fifres et tambours, reprenait la Cote 425.

Le groupe parvenu dans le village entouré de toutes parts par nos Compagnies, provoqua néanmoins le plus grand désordre à la faveur de la nuit : des agents de liaison parcourant le village furent faits prisonniers et enfermés dans l'Église, Boches et Français s'interpellaient, des feux de salve à bout portant causaient des pertes sensibles. Faute de fusées éclairantes, on ne pouvait être fixé sur l'importance du détachement ayant pénétré dans le village et qu'on sut, dans la suite, être de la valeur de 60 à 80 hommes environ. Les Compagnies et Bataillons coupés les uns des autres, le Commandement songe à évacuer le village, puis on décide d'attendre le lever du jour pour dégager la situation.

Le 4 janvier, au jour, une contre attaque menée par la 8° Compagnie (Adjudant PETIT ) nettoya l'Église et le village, délivra nos prisonniers et captura leurs gardiens. En même temps, le 3° Bataillon s'empare des tranchées de la croupe d'UFFHOLTZ : STEINBACH est entièrement à nous, mais aucune contre-attaque n'ayant été lancée sur la Cote 425, qu'il aurait été facile de reprendre à ce moment, l'ennemi y porte ses efforts et nous força à faire 180° dans les tranchées que nous occupions au Sud du village, pour faire face à ses nouvelles positions.

Du 4 janvier, les 1° et 2° Compagnies restèrent encore sur le terrain jusqu'au 12 janvier, occupées à organiser, dans les conditions les plus difficiles, la position conquise. Les intempéries, les privations, les alertes continuelles, plusieurs contre-attaques ennemies, avaient réduit les effectifs à 60 fusils par Compagnie et les hommes qui restaient étaient dans un état de misère telle que les rares survivants de cette affaire peuvent seuls en avoir une idée.

Le lieutenant JENOUDET était évacué pour pieds gelés, lorsque enfin, le 14 janvier, les deux Compagnies furent relevées et qu'un tour de service fut organisé entre les Bataillons jusqu'à mi-Mars où le Régiment confia à d'autres la garde de sa conquête pour aller attaquer l'HARTMANNSWILLERKOPF.

Toutes les Unités du 152° R.I. ont donné et souffert à Steinbach, mais le rôle le plus dur, le plus long et le plus glorieux revient sans conteste au groupe des 1° et 2° Compagnies engagées sans interruption du 25 décembre au 12 janvier dans les conditions effroyables relatées ci-dessus.

La citation personnelle du Commandant CASTELLA rappelle le mouvement débordant des deux Compagnies, mouvement qui a permis de prendre le village.
Les pertes héroïques de ces deux Compagnies : Capitaines VINCENT et SPIESS, Lieutenant BAUER - Adjudant JACQUES - Sergents BEGEL, FALLOUEY, BOUCHER et tant d'autres braves combattants, de nombreux mutilés, sont là pour attester la violence de cette lutte de 18 jours. 

                                                                                                                                             Paul BOUCHER

                                                                                                           Ancien président des Amicales du 15.2
                                                                                                           Ancien Président d'honneur des Amis du HWK